|
Afin d'être tenu au courant des mises à jour et de la parution en ligne de nouveaux articles, inscrivez vous dans la mailing-list: |
LES ADAPTATIONS DES ORGANISMES
MARINS
À LA VIE DANS LES OCÉANS
|
Le monde marin est peuplé de très nombreux organismes qui subissent tous
les contraintes exercées par le milieu. De la même manière qu'il existe
une distinction bien nette entre le domaine pélagique (l'eau) et le
domaine benthique (les fonds marins), nous allons trouver deux grandes
catégories d'organismes marins, ceux qui vivent en pleine eau et qui
constituent ce que l'on appelle communément le pélagos et ceux qui vivent
en relation avec le fond et que l'on nomme le benthos. Pour tous ces animaux, pelagos ou benthos, la règle est de vivre (ou de
survivre) le plus longtemps possible, au moins jusqu'à la période de
reproduction qui assure la pérennité de l'espèce. Pour cela il faut
satisfaire les trois fonctions physiologiques fondamentales que sont
la respiration, la nutrition et la reproduction. Cela passe en général
par des comportements adaptés qui nécessitent une mobilité plus ou moins
importante et qui font intervenir une quatrième fonction (mécanique
cette fois): la locomotion. |
|
![]() |
C'est par la manière dont les différents organismes gèrent ces quatre
fonctions que vont apparaître les caractéristiques morphologiques de chaque
espèce, caractéristiques qui permettent généralement, quand on observe
un individu, d'avoir des indications assez précises sur son mode de vie. |
|
Quelques algues unicellulaires
du phytoplancton
|
|
|
LES PRINCIPALES
CARACTÉRISTIQUES DES
|
|
|
On distingue deux grands types d'organismes pélagiques: ceux qui sont
dépendants des courants et qui voyagent passivement à l'intérieur des
masses d'eau, c'est le PLANCTON; et ceux qui peuvent se déplacer indépendamment
des mouvements des masses d'eau, c'est le NECTON. Les premiers se contentent
de flotter, les seconds doivent se propulser dans l'élément liquide;
ces deux manières de gérer la vie dans l'océan en font deux contingents
bien distincts que nous allons examiner séparément. |
|
![]() |
|
|
Les adaptations
morphologiques du plancton
|
|
|
Il convient tout d'abord de distinguer deux types de plancton: le plancton
végétal appelé phytoplancton exclusivement constitué d'algues unicellulaires
microscopiques qui contribue à la plus grande partie de la production
primaire océanique, le plancton animal ou zooplancton qui se subdivise
en holoplancton (organismes qui passent la totalité de leur vie dans
le plancton) et en méroplancton qui passe seulement une partie de son
cycle de vie dans le plancton (très généralement les stades jeunes,
oeufs et larves). Ce méroplancton comprend surtout des larves d'invertébrés
benthiques et des oeufs ou des larves de poissons. Le
grand impératif est de flotter. Il en résulte une augmentation de la
surface portante: allongement des appendices, réduction de la taille
du corps (la plupart des organismes du plancton sont de petite taille
inférieure à 5 cm), présence de longues soies ou de longues épines (phytoplancton),
de flotteurs remplis de gaz, forme aplatie ou en parachute (méduses),
diminution de la densité par la présence de gouttelettes lipidiques
à l'intérieur du corps et par la réduction ou même l'absence des parties
calcifiées, modification de la morphologie (la coquille des Gastéropodes
planctoniques est déroulée). La sustentation est souvent améliorée par
des mouvements d'appendices ou par la présence de couronnes de cils
vibratiles. Les tissus des organismes du
plancton sont généralement transparents à cause de leur très forte teneur
en eau, exception faite du zooplancton des 2 premiers centimètres sous
la surface (appelé hyponeuston) qui présente souvent une pigmentation
bleue destinée, semble t’il, à le protéger de certaines radiations solaires. Un autre impératif est de se
nourrir, c'est à dire pouvoir capturer les proies ou les particules
alimentaires nécessaires et inversement il ne faut pas être vu et capturé
par les éventuels prédateurs. Le plancton est majoritairement composé
de carnivores et de filtreurs. |
|
![]() |
Les yeux et les mâchoires sont
généralement bien développés chez les carnivores dont certaines formes
possèdent des tentacules venimeux (méduses) ou simplement préhensiles
(gastéropodes), mais le mode de nutrition le mieux adapté et le plus fréquent
est la filtration qui se fait grâce à des mouvements d'appendices. La
filtration systématique de l'eau de mer traversée est en effet le meilleur
moyen de récolter avec un rendement maximum les aliments répartis de manière
aléatoire dans l'espace à trois dimensions du milieu aquatique. Les organismes
filtreurs font passer l'eau au travers de filtres constitués de longues
soies parallèles et récupèrent ce qui est comestible. |
| Il existe ainsi toute une
chaîne où chaque maillon se nourrit par filtration des organismes sensiblement
plus petits que lui. Cela commence avec les minuscules algues unicellulaires
planctoniques (quelques microns) filtrées par les crustacés eux-mêmes
récupérés par les poissons pélagiques, sardines, anchois qui sont la proie
des poissons de plus grande taille et ainsi de suite. |
|
|
Grâce aux migrations verticales
qui ont lieu entre le jour et la nuit, une partie de l'énergie de la
production primaire peut être rapidement véhiculée à des profondeurs
que la lumière n'atteint jamais. |
![]() |
|
Stomias (A), Argyropelecus (Bl ), et tête vue de dessus (B2), Gonostoma
(C), |
|
|
En ce qui concerne la reproduction,
la fécondation interne est rare en pleine eau et les gamètes mâles et
femelles émis par les parents se rencontrent au hasard dans le milieu.
Les oeufs sont très nombreux car le pourcentage de réussite de la fécondation
est faible et la prédation est très importante. Malgré les pertes subies,
l'avantage de ce type de reproduction est d'aider à la dispersion des
jeunes dans le milieu. Quant à la respiration, elle
s'effectue à l'aide de branchies généralement non protégées chez les
invertébrés planctoniques car l'absence de contacts avec un substrat
évite les risques de lésions. C'est ce qui distingue (entre autres)
les crevettes Euphausiacées du krill des crevettes Décapodes grises
ou roses que l'on récolte sur nos côtes. Les plus petits organismes
peuvent respirer directement au travers de leur cuticule, c'est le cas
des copépodes qui constituent la majorité des micro crustacés pélagiques. Les adaptations
morphologiques du necton Pour le necton, l'impératif
est aussi de flotter, il est surtout de pouvoir se déplacer quelle que
soit la force du courant. Outre les poissons, cela concerne également
les Mammifères marins, certains groupes de Céphalopodes (les calmars),
des Reptiles (Tortues marines) et quelques Crustacés. Les poissons de pleine eau
ont tous une forme générale à peu près similaire, fuselée, hydrodynamique,
adaptée à la nage. La propulsion se fait au moyen de la queue et les
nageoires servent seulement à l'équilibration. Afin de mieux se confondre
avec le milieu, les poissons pélagiques, surtout les petits, sont colorés
en bleu dorsalement pour ne pas être vus des prédateurs aériens et en
blanc brillant sur la face ventrale pour ne pas être vus des prédateurs
venant des profondeurs. Cela est facile à vérifier sur la sardine ou
l'anchois. Les petits poissons pélagiques
sont organisés en bancs afin de diminuer le taux de mortalité dû aux
prédateurs et améliorer le rendement de la reproduction. Ces bancs ont
un degré d'organisation plus faible la nuit que le jour. Les caractéristiques morphologiques
sont d'autant plus affinées que les poissons sont rapides. Par rapport
aux sardines, les maquereaux sont plus lisses (petites écailles) et
plus fuselés; quant aux thons, ils possèdent des denticulations en haut
et en bas du pédoncule caudal pour améliorer la circulation de l'eau
à grande vitesse et les nageoires pectorales sont falciformes et peuvent
se replier exactement contre le corps. Chez les requins, les femelles
des espèces pélagiques sont vivipares et la naissance des petits est
favorisée par de violentes accélérations en pleine eau. Ce n'est pas
le cas des formes benthiques dont beaucoup d'espèces pondent des oeufs
(exemple de la Roussette). Le plus gros requin visible près des côtes
catalanes, le Requin Pélerin (jusqu'à 10 m de longueur pour un poids
supérieur à 5 tonnes), est un filtreur qui se nourrit de plancton. On trouve aussi des poissons
de pleine eau en profondeur (au delà de 500 m), ce sont les formes dites
bathypélagiques avec des caractéristiques particulières (très grande
bouche, corps effilé, présence de plages bio luminescentes). |
|
| Les céphalopodes pélagiques
appartiennent au groupe des calmars et sont présents dans toutes les mers
du globe. On peut aussi trouver, mais il est hélas très rare, un très
joli petit céphalopode qui s'abrite dans une coquille en forme de nacelle:
l'Argonaute. |
![]() |
|
Les deux principales espèces
de Reptiles pélagiques sont la Tortue caret et la Tortue verte. La première
était recherchée pour son écaille et la seconde pour sa chair. Les populations
actuelles sont protégées, mais restent encore menacées. Les tortues
ne sont en réalité que partiellement marines car la ponte a lieu sur
la partie émergée de certaines plages. Pour l'anecdote, on peut aussi
signaler l'existence d'un unique insecte pélagique, un Hémiptère (famille
des Punaises) du genre Halobates
qui se cantonne dans la zone intertropicale et qui vit posé sur
le bout des pattes comme une Araignée d'eau à des centaines de kilomètres
des côtes. En conclusion, on peut dire
que la vie pélagique engendre un certain nombre d'adaptations liées
essentiellement à la flottaison, au déplacement dans un fluide et à
l'homochromie par rapport au milieu. Nous verrons ultérieurement que
les adaptations à la vie benthique sont beaucoup plus variées en relation
avec la très grande diversité des fonds marins. Formes benthiques: à suivre... |
|
|
JEAN-YVES BODIOU -Maître de Conférences Université P. et M. Curie CNRS
URA 2071 |
|